Un nom qui ne nous appartient plus

Un an après sa mort, Rémi Fraisse repose «dans une boîte, dans un HLM de cercueils».

Lettre de Jean-Pierre Fraisse, père de Rémi

Lettre de Jean-Pierre Fraisse, père de Rémi

«Rémi n’est toujours ni enterré ni incinéré. Il attend dans une boîte, dans une HLM de cercueils. Parce qu’il peut y avoir des expertises supplémentaires». C’est ce qu’a récemment confié sa mère, Véronique, à France Culture. La crémation du jeune homme, 21 ans, tué dans la nuit du 25 au 26 octobre 2014 sur le site du projet de barrage de Sivens (Tarn), a été bloquée «pour des raisons judiciaires». Et d’ajouter : «Pour faire le deuil de cet enfant que nous avons tant aimé, il faut faire le deuil de ce prénom et de ce nom qui ne nous appartiennent plus. Et qui nous fait souffrir à chaque fois qu’il est mal utilisé.» La famille a lancé dans le Monde un appel à témoins. «Nous voulons comprendre comment un gendarme peut envoyer une grenade mortelle dans de telles circonstances, comment des commandants de gendarmerie ont pu donner l’ordre d’user de ces armes, alors que leur métier est de circonscrire la violence. Nous voulons savoir qui est responsable. Un non-lieu serait terrible», écrivent le père, la mère et la sœur de Rémi Fraisse.

Rémi Fraisse : ses parents disent leur peine et leur vœu de vérité

Rémi (photo de Reporterre)

Depuis un an, Jean-Pierre et Véronique, les parents de Rémi Fraisse, sont restés silencieux, par affliction et pour laisser la justice avancé. Aujourd’hui, ils s’expriment. Dans une lettre confiée à Reporterre, la maman de Rémi s’adresse à son fils. Et son père demande à ce que justice soit faite.

Rémi.

Rémi Fraisse.

Rémi, ce prénom ne nous appartient plus.

Ce prénom, que l’on attache à d’autres mots, certains qui lui étaient même inconnus, comme « zadiste », zadiste, qui d’ailleurs a perdu dans l’esprit des gens sa valeur première. 
Ce prénom utilisé, récupéré en fonction des intérêts, des idées, des couleurs ou croyances de chacun… ou même par ignorance, malveillance, voire les deux réunis pour faire le buzz ou, tout simplement, pour répéter ce qui se dit.

Ce prénom devenu un nom commun, sans aucune attache à un être vivant, celui qu’il a pu être.
Un être aimant la vie, au regard bienveillant et aux yeux pétillants.
Un être de partage, ayant des valeurs et ne laissant personne sur son chemin.

Si tu savais ce que l’on dit de toi, ou fait de ton prénom…
Que penserais-tu de tout cela ?
Ces vivants-là, ont-ils des enfants, ont-ils un cœur ?
Qu’on-t-il fait des richesses de l’amour, de la solidarité, du partage, du respect, et de nos différences…

Nous avons eu le bonheur de partager ta vie pendant 21 ans.
De t’apprécier à ta juste valeur, toi, derrière ce prénom.
Heureusement, nos souvenirs de toi, Rémi, nous appartiennent à jamais.

De nombreuses organisations, associations et syndicats se sont organisés en ta mémoire pour un rassemblement le 25 octobre. Il me semble indécent que cette marche pacifique nous ait été refusée.

Véronique, ta maman

=> Lire la suite sur le site de Reporterre : ICI

=> France Culture : De Creys Malville à Sivens : Vital Michalon et Rémi Fraisse

=> Le Monde

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