Saints de glace

Chaque année un sujet revient dans les conversations qui est systématiquement un sujet de polémique : les saints de glace. Chacun a son avis, sa tradition et chacun détient la vérité « C’est mon grand-père qui me l’a dit ». Et un bon jardinier se doit d’avoir son avis sur ces fameux saints. Pas question de se tromper pour planter la salade ou la tomate.

Ah ! La tradition ! Pas touche. Le problème est que chacun a son saint, sa date, ses commandements.

Mais qu’en est-il ? Qui sont ces saints que l’on ne saurait voir ?

Les Saints de glace sont des saints-patrons que l’on célèbre en mai et qui marquent des dates précises. Ces jours sont en principe les dates des dernières gelées, date après laquelle on peut sans crainte planter les plantes fragiles. On dit parfois « saintes glaces ».

saints-de-glaceEn principe on en reconnait 3, et tout le monde s’accorde sur le fait que c’est aux alentours du 10 mai. Le problème est que selon la région ces 3 patrons varient.

Saint Mamert, Saint Pancrace et Saint Servais, patronnent les 11, 12 et 13 mai. Un 4ème saint, plus tardif, Saint Urbain (25 mai) est parfois cité.

Ils sont la représentation des quatre Saints ayant vécu entre le IIIe et le Ve siècle après Jésus-Christ :

  • Saint Mamert, Patron du 11 mai qui est mort en 474, était archevêque de Vienne.
  • Saint Pancrace, Patron du 12 mai, mort à Rome à 14 ans, en martyr.
  • Saint Servais, Patron du 13 mai, évêque martyr mort en 384.
  • Saint Urbain, Patron du 25 mai, pape mort en 230.

Ces dates nous laissent supposées que la tradition est antérieure au christianisme, les saints venants pour protéger les cultures, après la christianisation.

Ces dates correspondent à ce que l’on appelle la « lune rousse », c’est-à-dire à la lunaison qui suit Pâques, pendant laquelle les nuits sans nuage et par ciel clair il y a risque de gelées. Cela signifie qu’elle commence le jour de la Nouvelle Lune qui suit la date de Pâques. Cette année elle est hâtive : du 18 Avril 2015 et se termine le 17 Mai 2015. Les jardiniers considèrent que le risque est maximum au moment de la pleine lune, si le ciel est clair. Quant à l’expression « lune rousse », elle a deux origines : le phénomène de gel qui fait roussir les feuilles, mais également la couleur rougeâtre que la lune peut aussi avoir à cette époque.

Voilà pour la base de nos références. Mais là où ça se corse, c’est que dans le calendrier, les saints peuvent être remplacer, et nos Saints patrons ainsi peuvent ne pas être ce qu’ils semblent être.

  • Saint Servais (13 mai) a été remplacé par Saint Onésime qui lui-même a été remplacé par Sainte Rolande, pour finalement être appelé Saint Gervais.
  • Saint Mamert, célébré le 11 mai, remplacé par Sainte Estelle.
  • Saint Pancrace, célébré le 12 mai, remplacé par Saint Achille.
  • Saint Urbain (25 mai) est parfois remplacé par Sainte Sophie.

L’affaire serait encore simple s’il n’y avait les variations régionales.

À ces premiers saints, les régions plus septentrionales ajoutent également :

  • Saint Boniface, le 14 mai ; à l’origine du dicton « Le bon Saint-Boniface, Entre en brisant la glace ».
  • Saint Yves, le19 mai ; considéré comme le dernier saint de glace en Bretagne, il est à l’origine du dicton « Craignez le petit Yvonnet, C’est le pire de tous quand il s’y met ».
  • Saint Bernardin, le 20 mai .
  • Sainte Sophie célébrée le 25 mai ; aussi nommée kalte Sophie en alsacien et en allemand et est fêtée le 15 mai dans ces régions où on les appelle les « eisheilige » et sont au nombre de 5 : du 11 au 15 inclus.

saints-de-glace3Dans les régions plus méridionales, les dernières gelées printanières ont lieu en avril, Rabelais en cite quelques uns et les appellent « saints gresleurs, geleurs et gasteurs de bourgeons ».

Dans le Sud de la France, on ne parle pas de Saint de glace mais des Saints cavaliers ou Saints Chevaliers : saint Georges (23 avril), saint Marc (25 avril), saint Eutrope (30 avril), saint Philippe ou fête de la Sainte Croix (3 mai) et saint Jean-Porte-Latine (6 mai). Leurs noms ont des diminutifs en Occitan : Jorget, Marquet, Tropet, Philippet, Crozet et Joanet. Le dicton « Marquet, Georget et Philippet sont trois casseurs de gobelets » signifie que la grêle ces jours–là est néfaste pour la vigne, donc aux gobelets de vin.

À Béziers, on craint plus particulièrement saint Georges (23 avril), saint Marc (25 avril) et saint Aphrodise (28 avril).

Dans les Landes, Marc, Vital (28 avril) et la sainte Croix sont appelés « les trois marchands de vin » car ils correspondent à une période critique pour la vigne. Dans le Gard, les quatre cavaliers sont souvent confondus avec les saints de glace.

La période des Saints cavaliers va généralement du 23 avril au 6 mai alors que la lune rousse va généralement du 5 avril au 6 mai.

Bon nombre de dictons accompagnent ces croyances. En voici quelques uns que nous citons pour référence mais la liste est loin d’être close.

  • « Saints Mamert, Pancrace et Servais sont toujours des saints de glace. »
  • « Attention, le premier des saints de glace, souvent tu en gardes la trace. »
  • « Saints Pancrace, Servais et Boniface apportent souvent la glace. »
  • « Avant Saint-Servais, point d’été ; après Saint-Servais, plus de gelée. »
  • « Quand il pleut à la Saint-Servais, pour le blé, signe mauvais. »
  • « Saint-Servais quand il est beau, tire Saint-Médard (8 juin) de l’eau. »
  • « Quand la Saint-Urbain est passée, le vigneron est rassuré. »
  • « À la saint Urbain, la fleur au grain » ou « Gelée le soir de saint Urbain, anéantit fruits, pain, vin. »
  • « Le soleil de saint Urbain amène une année de grand bien. »
  • « À la saint Urbain s’il fait beau, on le porte en procession. S’il gèle, les vignerons fâchés le jettent le cul dans les orties. »
  • « Erbinet (ou Urbinet), le pire de tous quand il s’y met, car il casse le robinet » ou « S’il pleut à la saint Urbain, c’est quarante jours de pluie en chemin. »
  • « Mamert, Pancrace, Servais sont les trois saints de Glace, mais Saint-Urbain les tient tous dans sa main. »
  • « À la Saint-Georges sème ton orge, à la Saint-Marc c’est trop tard. »
  • « Saint-Servais, Saint-Pancrace et Saint-Mamert font à trois un petit hiver. »
  • « Marquet, Georget et Philippet sont trois casseurs de gobelets » ou « Geourgeot, Marquot, Philippot, Crousot et Jeannot sont cinq malins gaichenots [garçonnets] qui cassent souvent nos goubelots [gobelets]. »
  • « Saint-Georges et Saint-Marc sont réputés saints grêleurs ou saints vendangeurs. »
  • « Aux Saints Glace, celui qui porte la barbe ne la rase pas pendant trois jours. »
  • « Le bon Saint-Boniface, entre en brisant la glace »
  • « S’il gèle à la Saint-Bernardin, Adieu le vin »
  • « Craignez le petit Yvonnet, C’est le pire de tous quand il s’y met »
  • « Jorget, Marquet, Croset e Tropet son de maissants garçonets »
  • « Lo luno rousso qual q’atcho très lussat » : « La lune rousse doit avoir passé trois lundi » (le Lundi est le jour de la Lune…)

Pour ceux qui chercheraient une réponse scientifique à ces croyances, je transmet cette réflexion que j’ai trouvé sur les réseaux mais que je n’ai pas vérifiée. Prenez-là avec prudence. « Certains scientifiques ont constaté qu’au cours du mois notre planète traverse une zone sidérale de l’espace, qui produit beaucoup de poussière. Ceci entraînerait la diminution de la production de chaleur sur notre Terre, les rayons du Soleil étant filtrés par cette abondante poussière.» (à vérifier)

Quoi qu’il en soit cette année encore la température chutant nous rappelle avec humilité à la sagesse populaire.

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