Grève de la faim pour garder Madama

Depuis samedi 30 janvier, Eric Durupt, enseignant au Puy-en-Velay, fait une grève de la faim pour que la Préfecture accorde enfin une autorisation de travail et un titre de séjour à Madama.

Fatigué mais résolu, il veut dénoncer ainsi les méthodes de la préfecture pour «fabriquer des clandestins ». «Tant que je ne tombe pas, je me battrai !»
Depuis des mois la famille d’accueil de Madama se bat contre la machine de l’État afin de sauver une existence, un présent, un avenir.

Eric Durupt et Véronique de Marconnay tous deux professeurs de lycées en Haute-Loire. En décembre 2018, ils accueillent Madama, un adolescent arrivant du Mali. «À 16 ans, il a fui la misère de son village natal. Il a traversé le désert, puis la méditerranée à bord d’un zodiac. Lui et les autres migrants sont alors repêchés en pleine mer. Certains meurent dans l’opération mais Madama s’en sort heureusement. Il arrive enfin à terre sur les côtes italiennes et rejoint la frontière avec la France. Il traverse ensuite les Alpes à pieds où il est traqué par les gendarmes et leurs chiens». Arrivé au Puy en 2018, âge de 16 ans, Madama est d’abord «évalué» par l’ASE (Aide sociale à l’enfance) d’après d’obscures critères totalement arbitraires et personnels à l’évaluateur, sans aucune base ni scientifique, ni juridique. Cette évaluation ne tient compte ni du récit du jeune homme, ni des papiers qu’il peut présenter et conclu que celui-ci est majeur et ne peut donc pas être pris en charge. Il est jeté à la rue.

Des associations humanitaires rassemblée autour du Réseau Education sans frontière s’occupe de réclamer dans son village d’origine un acte de naissance, puis à l’ambassade du Mali une carte Consulaire, qui précède toute demande de passeport.

Pendant toutes ces démarches il est accueilli par le couple d’enseignants. Il est présenté au juge pour enfant qui conclu à sa minorité et ordonne le placement officiel dans cette famille d’accueil qui s’occupe de le scolariser. «Arrivé en France, il ne savait absolument rien de la langue française. Il fallait lui apprendre à lire, à écrire, à compter, à comment tenir une règle et tout le reste. À présent, il sait faire tout ça.» Il est maintenant élève à l’ISVT (Institut des sciences de la vie et de la terre) où il suit une formation agricole. «Un CAP ouvrier agricole, précise Véronique. Il a fait un stage chez un couple d’éleveur de mouton. Et là, tout allait bien. Il avait enfin trouvé ce qu’il lui fallait. Et ses maîtres de stages étaient de leurs côtés ravis !»

Mais sonne l’année de sa majorité. Le premier janvier 2020 exactement. «Dès le lendemain de ses 18 ans, nous sommes allés à la préfecture pour demander un titre de séjour et une d’autorisation de travail, livre Eric Durupt. À chaque fois que nous nous présentions aux services de l’Etat, ils nous demandaient des documents supplémentaires. Et encore, et encore, et encore».

En juillet, un contrat est signé entre le couple d’éleveur et Madama. «Depuis, rien. Silence total de la préfecture, déplore l’enseignant. Madama n’avait toujours pas d’autorisation de travail, toujours pas de titre de séjour, et aucun droit, aucune allocation et aucune possibilité de travailler».
Le couple se rend de nouveau à la préfecture et le travail de sape reprend. Un document est sollicité par l’Etat. Eric et Véronique l’apportent. Et puis un second, et puis un troisième et ainsi de suite.

La réponse de la préfecture… dans la presse

Au mois de novembre, on leur dit de revenir en décembre. En décembre, on leur assure une réponse au mois de janvier. Au mois de janvier, les services de l’Etat leurs disent très prochainement. «C’était juste intenable pour lui !. Intenable aussi pour l’ISVT et pour organiser ses stages. Nous étions atterrés par leurs méthodes d’une violence psychologique inouïe.»

La réponse tant attendue de l’Etat apparaît enfin… dans les médias. «Suite à une conférence de presse, les journalistes présents ont décrit la situation que nous traversions, serre des dents l’enseignant. La préfecture a demandé un droit de réponse où elle explique clairement son refus de régulariser Madama». Elle abonde dans le sens de la PAF et de celui de l’ASE (Aide Sociale à l’Enfance). Ne tenant pas compte de la décision de la juge pour enfant qui l’avait déclaré mineur non-accompagné et confié au couple d’enseignant jusqu’à sa majorité en 2020 : «Le préfet de la Haute-Loire ne régularise pas, à ce jour, la situation de Madama, qui a présenté des faux papiers d’identité à la préfecture. Évalué par les services de l’Aide sociale à l’enfance (ASE) du Conseil départemental de la Haute-Loire, il a fait l’objet d’un refus de prise en charge, sa minorité n’étant pas reconnue (…) À défaut de production de documents d’identité authentiques et en cas de refus du bénéfice de l’aide au retour volontaire, une obligation de quitter le territoire français (OQTF) sera notifiée».

Dans une lettre qu’Eric et Véronique reçoivent enfin le 25 janvier 2021, le Préfet précise : «Je n’envisage pas d’avantage d’user de mon pouvoir discrétionnaire pour régulariser votre situation à titre exceptionnel (…). Il ressort comme précisé supra que vous avez fait usage de faux documents et par conséquent avez commis un trouble à l’ordre public».

 

=> Pour signer la pétition

(Déjà plus de 23000 signatures)

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