Lussas c’est parti

Lussas, qu’est-ce que c’est. C’est d’abord un village sur le plateau Ardéchois, pas très loin d’Aubenas, pas très loin de Privas, pas très loin de… Enfin bref, un village quoi. C’est aussi l’épicerie, l’épicerie familiale où le fils de la famille Barbe, Jean-Marie, fait ses premières armes de documentariste, avec son premier film l’ « Epicerie de ma mère ». Epicerie devenue l’Epicerie documentaire où les images épicées se mélangent en farandole de sons et de lumière.

Lussas, certains s’obstinent à l’appeler festival alors que les organisateurs s’obstinent à l’appeler Etats généraux du Doc et pour les étudiants, c’est l’école du Doc et le lieu où ils réalisent leur master. Pour d’autres encore c’est une Université d’été où l’on vient remettre ses neurones en activité, recharger les batteries de sa matière grise, avant la « rentrée ». Pour moi, c’est un peu tout cela à la fois. Ce sont les dizaines de films dont nous allons nous gaver, nous délecter, en savourer les milles épices. Ce sont les interminables discussions sur le sens du regard, la place du réalisateur, ou la place du spectateur. Ce sont les rencontres nouvelles avec des professionnels, des spectateurs, des passants, des « héros » qui viennent accompagner le film. C’est aussi le petit cercle des habitués que nous retrouvons d’année en année, ceux que j’appelle mes « copains de colo ».

Lussas, finalement, on ne s’en lasse pas, même si depuis vingt et quelques années que «Lussas » existe —parce que Lussas, c’est d’abord Lussas— il n’y a pas que les bons moments. Il y a aussi des colères, des désaccords, des discussions, sur ce qu’il «faut » dire ou de pas montrer.

C’est aussi là que se jouent l’avenir des films, les rencontres qui vont changer le cours de votre histoire.

Alors voilà. Dimanche, soirée d’ouverture. Première soirée, premier film, première rencontre avec « Spartacus et Cassandra » dans le film de Ioanis Nuguet. Un film qui nous emmène du côté des Rroms, mais vraiment à leurs côtés. Ou plutôt du côté de ces 2 enfants, Spartacus et Cassandra, ballotés aux grés des errances de leur père, des expulsions des terrains, des décisions des juges, où l’on ne sait plus où est l’intérêt des enfants, où eux-mêmes ne savent plus choisir entre leur envie de rester avec leurs parents et leur envie d’école, de tranquillité, et quand tout semble n’être que chaos, il y a cette extraordinaire rencontre avec Camille. Une Camille à peine esquissée, à peine aperçu mais extraordinairement présente, forte, à qui les enfants vont s’arrimer comme à une jetée providentielle, mais tout cela sans avoir l’air d’y toucher, comme dans un mouvement évident. Elle est là, ils sont là, et elle sera leur socle, leur pilier, leur armature. Le film a cet effet magique de certain film de nous entrainer dans son mouvement, dans sa logique, dans sa magie, comme le dit le réalisateur, « Un film doit être un peu chamanique » et celui-là sans aucun doute, l’est.

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