Troisième épisode

Répondant à un appel d’offre de la Mairie, l’association ILfautlefaire me demande de recueillir les propositions des habitants concernant une éventuelle réhabilitation d’un centre socio culturel désaffecté

 JE SUIS SUR LE TERRAIN

Je suis le terrain.
Ils ne m’enfermeront pas.
Ils ne me marginaliseront pas.
Je suis un employé modèle; je respecte les horaires.
Le Conseil d’Administration qui m’emploie a fixé un horaire.
Je respecte l’horaire.
Je réalise mon film entre neuf et douze heures du matin, à l’exception du mercredi, du samedi et du dimanche.
Je ne suis jamais en retard.
Je dis bonjour et au revoir aux personnes qui entrent et qui sortent du centre culturel désaffecté.
Je sais prendre des risques.
J’ai pris un risque.
J’ai filmé sans son accord le délégué de la SCAM (Société civile des auteurs multimédia). J’ai envoyé ensuite un fax au Délégué de la SCAM pour lui annoncer que le film que j’avais réalisé pendant l’assemblée générale extraordinaire qu’il présidait serait diffusé la semaine suivante sur la chaîne de télévision associative nationale Zalea.
Le Délégué de la SCAM m’a envoyé une lettre par huissier.
Il ne m’interdisait pas de diffuser mon film, il demandait à le visionner. J’ai appelé le Service Juridique de la SCAM pour leur demander de me défendre si le Juge d’Instruction à la suite de ce commandement d’huissier décidait de procéder à mon interpellation.
La femme du service Juridique de la SCAM m’a demandé de retéléphoner le lendemain.
J’ai ensuite lu le commandement d’Huissier dans le Hall de la SCAM.

Je n’avais pas d’autre solution.

L’étau se resserre contre moi.

J’avais également filmé la rédaction des Cahiers du Cinéma, sans l’accord du Service Juridique des Chargeurs Réunis qui financent les Cahiers du Cinéma. Il fallait passer de toute urgence à l’offensive et donc utiliser la puissance de feu des médias pour désamorcer ma future mise en examen. Les Juges hésitent à se heurter de front contre les médias.
Et puis j’ai un statut d’auteur, encore une fois, je n’ai pas cassé de chaise pendant l’assemblée générale extraordinaire de la SCAM, (j’ai juste demandé publiquement un revenu minimum garanti et à vie pour tous les artistes). Je n’ai donc pas un statut de casseur. Et il est manifestement difficile de mettre en examen un artiste.
La laïcité favorise l’expression du citoyen (y compris des artistes), c’est évident.
Le Délégué de la SCAM m’a finalement proposé d’intervenir dans mon film.
Il a visionné la VHS et il a affirmé qu’il n’avait rien à reprocher à ce ciné tract.
Je ne suis donc pas un irresponsable.
J’agis en m’appuyant sur la réalité, sur le rapport de force existant.
En filmant sans leur autorisation des individus, ou des bâtiments, je m’expose à des poursuites, à des plaintes. A une mise en examen et donc à une condamnation.
Personne ne me défendra.
Les jeunes manquent de respect, ils taguent, ils veulent des mosquées, ils fument dans les lieux publics. Mes collègues réalisateurs filment des films. Le Directeur Délégué de la SCAM défend la Loi et le Droit à l’Image. Le Conseil d’Administration de l’Association qui m’emploie ne peut donc pas soutenir une action illégale qui serait en contradiction avec son cahier des charges et la déontologie la plus élémentaire.
L’Association qui m’emploie défend la légalité, donc le Droit à l’Image
Le Parti défend le droit à l’Image.
C’est également pour ces raisons, que je ne citerai aucun nom dans mon film.
Les personnes mineures ou majeures qui interviennent dans ce film seront désignées par la lettre X (X1, XII etc.) dans l’ordre de leur non apparition à l’écran.
Je ne vois pas pourquoi je devrais m’exposer en pure perte à être mis en examen pour diffamation publique.
En fait je me demande si la sagesse ne consisterait pas à se taire.
Définitivement.
Il faut agir avec stratégie, la présidente de l’association qui m’emploie à raison, il faut agir avec stratégie.
Nous occupons le terrain.
Lorsque nous aurons occupé le terrain sur nos positions, nous pourrons présenter nos théories, nos œuvres, nos travaux, nos délires.
Pour l’instant, il vaut mieux agir encore une fois avec stratégie.
Je suis un stratège.
J’ai été formé à la stratégie.
Ma mère est un stratège hors paire, mon oncle également.
Il faut être clair, et net.
La caméra est un formidable outil, je suis le responsable du tournage, je pose les questions et surtout je monte les questions, les extraits de mon choix.
La caméra est un enjeu de pouvoir.
Si les interlocuteurs ne me répondent pas, ils entrent aussitôt dans la dramaturgie que j’ai fixée.
S’ils acceptent de répondre à mes questions, c’est moi qui aie le choix des questions et j’ai la liberté de couper leurs interventions.
Dans tous les cas, je gère en parfaite impunité tout le système.
Je veux sortir du système.
Je filme le terrain.
Le terrain, c’est la vie, c’est la réalité.
Il est temps encore une fois d’adopter des positions claires.
Il faut casser les systèmes de prise de pouvoir par la manipulation.
Je supprime la caméra. Définitivement.
L’écrit cependant peut être aussi passible d’une mise en examen.
Je prends un risque.
Je nomme mes interlocuteurs par le titre de leurs fonctions ou par le recours à la lettre X
Je ne suis pas certain que juridiquement, je ne prenne pas un risque (en tout cas je ne filme pas les façades des bâtiments, là sur ce point je suis tranquille).
Les “X” ainsi désignés peuvent se reconnaître et porter plainte par diffamation ou interdire au nom de la laïcité la diffusion de mon film.
J’ai peur.
Mais cette peur ne m’empêchera pas de mener mon combat jusqu’à son terme.
Je prends un risque calculé
Un artiste est rarement mis en examen pour ses écrits.
Un artiste qui casse une chaise peut être mis en examen à la suite de la destruction volontaire d’un mobilier public ou privé (voir d’une dégradation).

Ils ont décidé que les artistes avaient le droit de création absolu.

Un film, un écrit, une musique ne concernent pas le réel.
“Vous êtes sans doute un Poète” a en effet commenté le critique des Cahiers du Cinéma que j’ai filmé sans l’autorisation préalable du Service Juridique des Chargeurs Réunis.
Un Poète est rarement mis en examen dans notre système démocratique.
Pourtant, je ne suis pas un Poète.
Je suis un réalisateur.
L’étape ultime et définitive est donc tracée:
Je ne dois pas prendre de risque.
Un Poète ou un réalisateur qui enfreint le Droit à l’Image, qui met en cause nommément des personnes privées ou morales, qui casse une chaise, ou pire qui incendie volontairement un centre culturel désaffecté qui l’héberge perd son statut de Poète ou de réalisateur.
Je ne suis pas un irresponsable. J’agis avec stratégie. Je ne veux pas être mis en examen.
Je pense qu’il serait plus prudent de renoncer à filmer, à écrire, à enregistrer sous tout support présent ou à venir.
La laïcité et le droit à l’image et le droit à la vie privée doivent être préservés.
Les professeurs, les éducateurs enseigneront.
Les professeurs, les éducateurs enseigneront.
Le Maire présidera le Conseil du Quartier dans le respect des idées, du dialogue, de la tolérance, de la liberté.

LE SILENCE SERA TOTAL
L’ORDRE REGNERA
ET LES NEVROSES LAISSERONT ENFIN LA PLACE A LA PAIX A LA TOLERANCE ET A L’AMOUR DU PROCHAIN.

(A suivre)
Merejkowsky

Vous pouvez commander à prix libre la brochure sur le terrain de Merejkowsky

Contact : merejkowskypierre@gmail.com

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