PHARMACOLOGIE DU FRONT NATIONAL

Tiegler[dropcap style= »inverted »]L[/dropcap]orsqu’une société souffre d’une façon qu’elle ne parvient ni à expliquer ni à soigner, elle se met à persécuter un bouc émissaire et c’est d’abord en ce sens que nous parlons d’une « pharmacologie du Front national ». Mais s’il est vrai que les 37 % de Français qui déclaraient partager les idées du Front national quatre jours avant l’élection de François Hollande souffrent d’une maladie qui frappe l’époque tout entière, souffrance qui les pousse à chercher des exutoires à cette maladie qui n’est pas seulement la leur, exutoires qu’ils trouvent dans ceux qu’ils désignent comme boucs émissaires, la pharmacologie du Front national est aussi ce qui consiste à analyser les raisons pour lesquelles la plupart du temps, ceux qui prétendent combattre cette maladie et ses effets, et ses effets en particulier sur les électeurs ou les sympathisants du Front national, désignent ces derniers eux-mêmes comme des boucs émissaires, se dédouanant ainsi de lutter contre la bêtise, contre la leur en propre et contre ses causes, et désignant en général dans ces boucs émissaires-là à la fois les représentants typiques et les causes de la bêtise de l’époque. Faire en sorte que celui qui souffre et qui est malade soit accusé d’être la cause de sa maladie, et de contaminer les autres telle une brebis galeuse : tel est le mécanisme de désignation du bouc émissaire que les électeurs et sympathisants du Front national partagent avec ceux qui les traitent à leur tour comme des boucs émissaires. Et telle est leur commune bêtise. Cet essai est suivi du Vocabulaire d’Ars Industrialis, écrit par Victor Petit. Adaptation Studio Flammarion. Graphisme : Atelier Michel Bouvet.

ENTRETIEN AVEC BERNARD STIEGLER

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Entretien avec Bernard Stiegler sur les ondes de Radio grenouille : ICI

Philosophe, Bernard Stiegler axe sa réflexion sur les enjeux des mutations actuelles – sociales, politiques, économiques, psychologiques – portées par le développement technologique et notamment numérique. Il fonde l’institut de recherche et d’innovation au Centre Pompidou en 2006 et est professeur à l’université de Londres depuis 2008. Il est également président d’ARS INDUSTRIALIS, association internationale pour une politique industrielle des technologies de l’esprit, créée en 2005, ayant pour objet l’étude et la réflexion transdisciplinaire sur le nouveau monde industriel qui émerge avec le numérique. Association citoyenne intervenant dans le débat public, elle s’efforce de formuler des propositions et, parfois, de les mettre en oeuvre par des expérimentations et des actions.

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