Trump et les autres : symptômes de la mutation survivaliste du capitalisme.

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En l’an 2000, Al Gore avait remporté plus de voix que le président élu, Bush Junior, par le système des grands électeurs.

En 2016, Donald Trump, vedette de la téléréalité, qui a fustigé le « système », au nom du peuple, se voit élu 45ème président des Etats-Unis, grâce aux « vertus » du suffrage universel indirect. Il fait déjà près de 2 Millions de Voix de moins que Clinton ! Du jamais vu ! Et encore, compte tenu d’un taux de participation de 54,2 %.des électeurs, Trump n’est élu que par le quart d’entre eux ! Sa prétention de représentation de tous les américains est donc illégitime ! Finalement c’est le système, anti-démocratique, du suffrage universel indirect, celui des grands électeurs qui profite à Trump et provoque la défaite de Clinton.

Si le suffrage universel était direct aux USA, Hillary Clinton présidente, la colère de la rue, - si elle s’était produite -, ne serait aujourd’hui pas du même. Pourtant, celle que l’on a appelé, lors de son premier mandat, « Hillary Clinton le Faucon sur l'épaule droite d'Obama » aurait pu mériter, elle aussi la colère de celles et ceux qui manifestent leur colère, en ce moment, dans la rue. Les néo-conservateurs les plus va-t-en-guerre des Etats-Unis n’ont-ils pas toujours eu l’oreille attentive d’Hillary ?

Suffrage universel direct ou indirect, les valeurs de replis réactionnaires de cette vague populaire qui contribue à porter Donald Trump au pouvoir, n’est tout de même pas à négliger.

Cela représente tout ce retour du refoulé sociétal, sexiste, homophobe, et raciste (soutien appuyé du KKK, suprématistes blancs, avec Steve Bannon, dans l’un de ses conseillers les plus directs), et fondamentalement anti-droit à l’avortement (Juges nommés), et anti-écosystème (l’épuisement des ressources, la préservation des espaces naturels pour le maintien de l’équilibre climatique – il s’en tape !). Même s’il semble reculer sur ce point après l’élection. Le ministère de la Justice va revenir au sénateur Jeff Sessions, connus pour ses propos racistes et partisan d'une fermeté extrême sur l'immigration.

Retour de refoulé de tout ce politiquement correct concédé à la « gauche » par la droite américaine, par quotas et doses homéopathiques, en échange, de l’abandon définitif par cette gauche américaine de toute référence à la lutte contre l’exploitation (de l’humain par l’humain) et par conséquent de toute référence à la lutte des classes.

Pas étonnant dés lors qu’après les attaques et escroqueries capitalistes gigantesques, gérées par une classe politique, démocrate et républicaine, aux relents sociétaux « politiquement correct », des pans entiers des classes moyennes et ouvrières, se soient vues paupérisées avec la certitude désespérée, que leurs jeunes générations vivraient bien moins qu’eux.

Pas étonnant non plus dans un pays, construit sur le génocide dénié des amérindiens, l’esclavage transformé en ségrégation exploitée, et, où presque la moitié des gens croient encore au pied de la lettre à cette genèse créationniste « Adam et Eve » en réfutant tant par ignorance assumée que par déni, la dimension scientifique évolutionniste.

Pas étonnant qu’en l’absence de dynamique auto-organisationnelle de lutte pour résister aux méfaits du capitalisme, sur le logement, le coût des études, le cout de la santé, l’heure est à la perdition. Et dans ce désert, il était logique que le politiquement correct soit jeté tel le bébé avec l’eau du bain, comme coupable de sa saleté ! Une vague de haine et de rejet de l’autre, détournant l’attention contre les capitalistes, aux profits de ces derniers. 

Si Trump a combattu un système, ce n’est que le système de gestion par une partie de la classe politique. Son côté anti système s’arrête là, en réalité, car il reste le représentant direct de toute la classe qui profite de l’économie capitaliste responsable de la misère dans ce pays, entre autres. Ce qui reste à ce jour, dans sa dynamique, le seul système véritablement et injustement dominant. Trump n’est donc pas un « antisystème », il installe son système en en déplaçant le centre de gravité, tant comme produit que comme dirigeant ! Trump est avant tout le candidat des milliardaires, entouré et financé par des milliardaires et élu par les grands électeurs, pour les milliardaires. Leur volonté est de se débarrasser d’un certain nombre de hiérarques administratifs « de droite et de gauche », symbolisant le politiquement correct, mais aussi l’échec économique aux yeux du peuple.

Le patron est de retour, il reprend pied dans sa boutique, il va tout réorganiser. Et tout va remarcher !!! On n’est jamais mieux servi que par soi-même !

Suffrage indirect, pour gestion politique directe du capitalisme par les capitalistes eux-mêmes. La bourse de Wall Street ne s’y est pas trompée, elle salue cette reprise en main, en affichant rapidement une excellente santé.

C’est un symptôme clair de la reprise en main politique de la direction des affaires capitalistes, traduisant l’évolution contemporaine de la dynamique capitaliste dans le monde. 

Le capitalisme, a toujours nécessité, pour son maintien, c’est à dire celui des profits de sa classe dominante, un développement croissant et expansif. Or, la limitation des ressources naturelles vouées à l’épuisement, le danger de déséquilibre complet du Climat (généré par la destruction des espaces naturels, et de nombre d’espèces) ainsi que l’insolvabilité mortifère de milliards de déshérités (de l’héritage terrestre commun) mettent un frein inéluctable à l’extension vitale au capitalisme.

Ce qui oblige les capitalistes, existants et humains avant tout (même si certains d’entre eux espèrent obtenir la vie éternelle, par la technologie) à construire leurs profit, non plus sur l’écoulement commercial de leurs marchandises (malgré toute l’ingéniosité de leurs écoles de commerce pour savoir créer des besoins et générer des conduites addictives), mais sur la course au coût du travail humain toujours plus bas, jusqu’à son remplacement par les robots, pour les cols bleus, et les algorithmes, pour les cols blancs.

Une étude menée par 2 chercheurs d’Oxford et portant sur 702 métiers montre qu’aux USA, 47% des emplois « cols blancs » sont amenés à disparaître, par remplacement par des algorithmes intelligents.

C’est ce qui explique que même les plus ultra-libéraux et libertariens, envisagent pour acheter la paix sociale, la mise en place d’un revenu universel (qui n’a ici rien à voir avec une économie distributive), en échange d’une allégeance à leur système prouvée par l’acceptation totale de transparence de ses données personnelles. Des données personnelles qui sont devenues en quelques décennies des marchandises et des parts de marché.

Un système complètement dingue !! Un sondage « Havas media » indiquait en 2014, qu’en France, 30% des gens étaient prêts à vendre leurs données personnelles. Ils étaient 42%, chez les plus jeunes.

Mais tous ces gens ont-ils conscience d’ici les 20 prochaines années, les composantes rares de matière premières, nécessaire à la bonne marche de tous ces réseaux informatique, viendront à manquer du point de vue des ressources naturelles ? Et il n’est pas certain qu’une industrie du recyclage à développer rapidement parvienne à restaurer l’ensemble des besoins. 

Voilà, la maison brule et les patrons actuels, ne voyant pas au delà de leurs propres vie, entendent reprendre directement leurs affaires en main, et vous allez-voir ce que vous allez voir !

La défaite, favorisée par les dernières révélations du FBI, du faucon va-t-en-guerre Hillary Clinton, n’amène pas la paix pour autant. Elle n’est que le symptôme d’un changement de mains, aux commandes du monde des Faucons. Changement de mains, qui traduit une réorganisation fascisante des alliances mondiales, plus conforme à l’état actuel du capitalisme mondial. Trump, nouveau Faucon, va s’entourer de va-t-en-guerre, clairement prêt à s’allier à la Russie de Poutine et ses amis.

Le conseiller à la sécurité revient au général Michael Flynn. Après avoir dirigé le service des renseignements militaires entre 2012 et 2014 et connu pour ses déclarations contre l'islam, comme pour ses positions pro Russes. Quand à La CIA, elle va être dirigée par Mike Pompeo, un élu su Kansas, issu du Tea Party. Des ultra réactionnaires !

Alliances tactiques de régimes fascisants, prêts à écouler pour le maintien de leur domination, toutes ces armes produites, dans le cadre d’un état de guerre permanent, qu’ils maintiendront comme leur ultime bien, par les agissements criminels de leurs officines ! 

Le capitalisme a toujours utilisé le fascisme, au sens large, lors que son besoin d’ordre et de réorganisation se faisait sentir et c’est ce qui se passe aux USA avec Trump, des gens n’ayant d’autre conscience que celle du maintien de leurs privilèges, pouvoirs et profits, désignant à la vindicte tant exploitée qu’aliénée, l’ennemi (le plus pauvre, l’exclu, le différent, l’étranger, le contestataire anticapitaliste … ) celui qui doit devenir bouc émissaire et subir la curée haineuse et jubilatoire, par des millions de gens qui n’espèrent plus rien d’autre comme jouissance de la vie, que l’exutoire cette curée, qui ne les enrichira de toute façon pas !!!!

Poutine validé dans son annexion de territoires (ça vous rappelle quelque chose ?), validé dans son soutien meurtrier à Bachar El Assad, validé dans son rapprochement avec le dictateur Erdogan, soutenu par Trump, se voit soutenu en France, par des candidats aux présidentielles 2017, comme Fillon, Comme Marine Le Pen (dont il est le banquier) et même par Macron et Mélenchon soutenu par la base du PCF (Pour nous rappeler l’assassinat par Staline de la révolution espagnole de 1936, qui 4 mois après la victoire de Franco en 1939, signa avec Hitler le pacte germano-soviétique !).

A l’exception sociétale des Melenchon, Tsipras et Macron, idiots utiles de ces stratégies, tous les autres, de Trump à Poutine, en passant par Fillon, Le Pen, Bachar el Assad et Erdogan, sont porteurs des mêmes valeurs, comme Daesh, et désignent à leurs vindicte démagogiques, des ennemis communs, pour encore un peu plus faire oublier qu’ils n’aspirent qu’à la satisfaction narcissique des plein pouvoir et à la richesse du capitalisme dont ils se posent tant en protecteurs armés, qu’en managers ou qu’en gros actionnaires ! Ils aiment montrer, leurs « couilles », comme le faisaient les chefs antiques pour étaler leur puissance, les le Pen, les Fillon ! Bien qu’ils pissent et chient comme vous et moi ! Et ce n’est pas ici une question de genre !

Partout dans le monde, actuellement, quand une décision est à prendre, c’est la pire qui s’impose ! Retour du refoulé, pulsion destructrice, emprise désespérée, la réaction se répand comme la peste et le cholera réunis !

Voilà ce qui se joue, dés la défaite militaire de Daech obtenue. Toutes ces alliances pro capitalistes vont se nouer ! Le Kurdistan libre, comme le Mexique rebelle vont morfler ! La répression antisociale et le contrôle de toutes et de tous, par la transparence des données et des fichiers, vont s’abattre partout dans le monde pour que s’impose un nouvel ordre marchand et commercial, dont la sécurité ne profitera qu’aux supra dominants et aux grand groupes capitalistes, sur fond d’un état de guerre permanent contre un ennemi invisible, en réalité contre toutes celles et ceux qui ne feront pas allégeance à cette domination restructurée.

Dans le monde quelques émergences révoltaires, émancipatrices, articulant concrètement liberté, égalité et solidarité, quelques bastions, vulnérables mais intelligents et solidaires, expérimentent ici et là, des formes innovantes et pertinentes de vie sociale, économique et politique. Quelques ZAD, le Rojava Kurde (coincé entre Ergogan, Bachar el Assas, Daesh, Poutine, et l’Amérique qui s’apprête à le lâcher), cette partie du Mexique rebelle autonome et indigène, des résistances ouvrières ou paysannes ici et là, des résistances écosystémiques, antisexistes, anti-homophobes et anti-xénophobes, des connivences invisibles… Mais une internationale organisée qui fait défaut, et qui reste à construire ! Le sel de la terre !

Ce qui doit se construire et se projeter au delà de tous ces réaménagements politico-capitalistes, car le processus émancipateur de la révolution anglaise de 1688, de la grande révolution française, et de tant d’autres soulèvements, n’est que le début d’un long chemin traversé d’embuches. Mais qui reste très récent et moderne du point de vue de l’histoire humaine. La Phase de la révolution bourgeoise, n’est que transitoire, la question sociale articulée à celle de l’écosystème, au niveau mondial, reste à accomplir ! Nous devons savoir quoi faire du temps qui nous est imparti, continuer à construire nos outils, quelque soient nos forces du moment et en fonction d’elles, et transmettre ces outils. 

Aux USA, Bernie Sanders a incarné le temps d’une primaire du Parti Démocrate, la réémergence massive de préoccupations concernant la question sociale. S’il n’y a pas d’avenir dans le projet politicien, cette préoccupation massive, est tout de même le symptôme d’une prise de conscience d’un nombre non négligeable de gens. Cette réémergence, sonne comme un renouveau dans ce pays qui avait réussi à mettre sous le tapis les questions relatives à l’exploitation de l’humain par l’humain, à la lutte des classes. Il y a aussi, un autre retour du refoulé, antagonique à celui de la haine de l’autre. Comment ce potentiel s’organisera-t-il pendant les années Trump ? C’est un enjeu d’importance.

Le capitalisme se durcit, pour tenter de sauver historiquement sa position dominante. Aux USA, L’opposition à Trump se doit de prendre sur une base anticapitaliste et sur une volonté constructive d’auto-organisation autogestionnaire, comme partout dans le monde, contre les Fillon, Le Pen, Poutine, Bachar El Assad, Erdogan, Mélenchon, Macron, Valls, Tsipras … La liste est longue, de ces nationalistes démagogues pro-capitalistes !! Même lorsque certains d’entre-eux, rares, présentent le visage d’un sociétal « politiquement correct », qui de toute façon risque d’être noyé les vagues ultra réactionnaires prédominantes !

« Il n’est pas de sauveur suprême, ni Dieu, ni César, ni Tribun ». Personne d’autre que nous même ne viendra nous sauver !

La nécessité d’une résistance solidaire est plus que jamais à l’ordre du jour. Oui mais comment, pourquoi, pour qui et sur quelles bases ? Les gauches, historiquement périmées, ont épuisé tous leurs recours, en abandonnant la lutte contre l’exploitation, et en se contentant d’agiter moralement tous les items d’un « politiquement correct » digérables par le libéralisme, qui n’était qu’un visage désormais périmé du capitalisme, aujourd’hui en pleine mutation autoritariste. Des Items « politiquement corrects », mis eux même en contradiction les uns avec les autres, par la confusion entretenue autour de la réémergence d’un hégémonisme politique Islamiste, tant chiite que sunnite, en conflit, pour l’obtention par le vainqueur d’une part confortable, dans le marché capitaliste, tout en s’assurant l’allégeance des masses par la terreur et l’imposition d’un modèle société ultra réactionnaire. Exactement, comme l’envisage de faire la vague fascisante occidentale qui déferle sur l’hémisphère nord. Ces deux ennemis, en apparence, sauront, après s’être débarrassés de leurs ultras en les jetant les uns contre les autres, après avoir l’espèrent t-t-ils maté toute résistance émancipatrice, se partager le marché capitaliste, en commerçant ensemble ! Jusqu’à quand ?

C’était il y a 100 ans, le 6 Avril 1917, l’entrée en guerre des USA dans la guerre européenne, s’accompagnait d’une répression aussi intense que féroce à l’encontre du plus puissant des mouvements d’émancipation égalitaire et révolutionnaire qu’ai connu ce pays : les IWW. « La Big Union » des « Industrials Workers of the World », s’en trouva détruite à tel point qu’elle ne retrouva plus jamais après la guerre, ni son ampleur, ni son influence, d’avant.

Il y a 101 ans, le 19 novembre 1915, le militant et troubadour des IWW, Joe HILL, était injustement fusillé pour sa pratique syndicaliste. Peu avant son exécution, il laissa ce message écrit, « ne me pleurez pas, organisez vous ! ». Joe HILL, nous léguait cet héritage, pour que l’on ne le pleure pas.

Cet emblématique, « Don’t Mourn Organise ! » prend aujourd’hui sens comme un « ne vous lamentez, pas organisez vous » !

Don’t Mourn Organise ! 

Son legs est toujours vivant aujourd’hui !

YM le 26-11-2016

 

 

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